SI PHAN DON, les 4000 îles du Mékong (LAOS)

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       Situé à l’extrême sud du Laos à quelques kilomètres de la frontière cambodgienne, la région de Si Phan Don, littéralement en laotien : 4000 îles. Ici le Mékong qui a ralenti son court et s'est considérablement élargi dans les plaines du sud laotien, dépose à chaque saison des pluies des tonnes de sable , formant ainsi un incroyable dédale d'îles et de chenaux. Le fleuve doré s'engouffrera ensuite dans une succession de canyons pour aller alimenter les grandes plaines fertiles du Cambodge. Paysages impressionnants, de l'eau à perte de vue, à Si Phan Don, le Mékong peut atteindre en fonction des saisons une largeur de 14 kilomètres. Ce géant d'Asie qui prend...

sa source dans les hauteurs de l’Himalaya abrite dans ses eaux boueuses un grand nombre d'espèces.


    Les scientifiques s'accordent à penser qu'il serait le second fleuve au monde en terme de biodiversité, juste derrière l'Amazone. On estime que 800 espèces vivent dans cet hydrosystème. A titre de comparaison on dénombre 60 espèces dans le bassin du Rhône.

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    L'espèce la plus emblématique de cet écosystème est certainement le poisson-chat géant du Mékong (Pangasianodon gigas). Il en est endémique, et son histoire résume à elle seule les menaces qui pèsent sur ce fleuve. Vénéré depuis des temps reculés, le Pa Beuk, comme le nomme les laotiens, était pêché une fois l'année, « ...le 12ième jour du 3ième mois bouddhiste quand la lune avait disparue derrière la montagne... ». Cette grande pêche annuelle durait 3 jours et 3 nuits. On offrait des présents et on invoquait les esprits du fleuve pour garantir le succès de la pêche, et ainsi faire sortir de leurs grottes ces géants pouvant atteindre 3 mètres et 350 kilos. Cette pêche annuelle traditionnelle a perduré jusque dans les années 50, puis la demande pour la chaire tant prisée a fortement augmenté, en particulier chez le voisin thaïlandais, les prix ont flambé, et  la traque est devenue quotidienne et intensive. Ajouté à cela, la destruction de son habitat, la pollution et des chemins migratoires fortement modifiés par l'activité humaine et aujourd'hui le Pangasianodon gigas a rejoint la peu glorieuse liste rouge des espèces menacées.

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    D'autres géants moins connus peuplent les eaux du Mékong, on peut cité ; Himantura chaophraya, une raie d'eau douce qui peut atteindre une envergure de 2,4 mètres pour plus de 500 kg, ou bien encore, la carpe géante du Siam, Catlocarpio siamensis, 3 mètres pour 300 kg, ce qui les classe parmi les plus gros poisson d'eau douce. On rencontre aussi beaucoup d'espèces maintenues en aquarium. La famille la plus représentée est celle des cyprinidés : Barbus, Rasboras, Danio, Labeo, Balantiocheilos, Epalzeorhynchos, Garra, Puntius… soit au total plus de 280 espèces. Les Cobitidés (Acanthopsis, Cobitis, Pangio, Botia), les Balitoridés (Schistura, Sewellia, Nemacheilus) et les Gobiidés (Brachygobius, Rhinogogius, Awaous) sont également en grand nombre. Mais on trouve aussi, Betta, Trichogaster, Mastacembelus, Toxotes, Tetraodon, Chanda, Notopterus, Datnoides, Channa, Kryptopterus, Badis, Cynoglossus… la liste est longue et tout laisse à penser que ce fleuve n'a pas encore livré tous ses secrets.

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    L'intérêt d'une région comme Si Phan Don, c'est qu'elle offre une multitude de milieux ; le courant, la profondeur, le relief ou le type de substrat variant rapidement d'un point à un autre et influant donc sur la faune et la flore.  Dans les eaux calmes, les  lotus déploient leurs feuilles à la surface, tandis que les vallisnerias tapissent les zones où le courant est plus puissant. Dans les eaux peu profondes, au milieu des entrelacs de racines et de bois morts poussent quelques bosquets de Ceratophyllum et de Potamogeton et sur les zones de sable qui affleurent à la surface fleurissent quelques cryptocorynes. Sur les berges, la ripisylve (forêt rivulaire) s'abreuve de soleil, ses racines se perdant dans les eaux du fleuve.

    La visibilité sous l'eau est assez moyenne, mais en cette période de saison sèche elle permet quand même d’apercevoir quelques espèces. Dès les premiers mètres, « barbus » en tous genres fuient par petits groupes, leurs silhouettes argentées se perdant dans les profondeurs sombres du fleuve.  Balitora, Shistura, et autres gobies guettent les alentours postés sur les racines ou sur les roches, prêts à se réfugier dans les anfractuosités à la première alerte.

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    Dans un bras où le courant se fait plus fort, plusieurs Mastacembelus serpentent entre les roches et les vallisnerias, un Tetraodon abei tente de se camoufler, immobile au milieu du substrat.  Sur les zones de sable peu profondes, Puntius et Rasboras s'alimentent en petits groupes. Près des berges, au milieu des racines ou des roches, les poissons archers (Toxotes) guettent la surface  en attendant qu'un insecte soit à portée de tir.

    Il faudrait des heures de recherche et d'identification pour connaître et comprendre un si vaste territoire. De retour sur la berge, en discutant avec les pêcheurs locaux, on en apprend un peu plus sur la région et sur sa faune. Ainsi, à quelques kilomètres en aval, après les chutes de Khone vit une des dernières populations de Dauphin de l'Irrawaddy (Orcaella brevirostris).  Ces dauphins d'eau douce sont en voie d'extinction, leur population est estimée à quelques centaines d'individus dans tout l'Est asiatique (Myanmar, Laos/Cambodge, Indonésie). La population du Mékong est l'une des plus menacée et le WWF a récemment appelé à la mise ne place d'un programme de conservation. Espérons qu'il aura plus de chance que sont cousin du Yang Tsé Kiang  (Lipotes vexillifer )qui s'est éteint dans l'indifférence générale en 2007.

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